Répartition des rôles IDEC / MEDCO : un équilibre parfois conflictuel que le décret n'a pas réglé

Sur le papier, le médecin coordinateur et l'infirmier·ère coordinateur·rice (IDEC) se partagent la coordination d'un EHPAD. Sur le terrain, après vingt ans dans ces établissements, je le dirais autrement : c'est l'IDEC et la direction qui tiennent l'équipe soignante — jour et nuit, week-end compris. Et le décret du 4 septembre 2025, censé faire exister ou clarifier les rôles, a surtout ravivé une confusion qui, dans beaucoup d'établissements, avec la trilogie : bras de fer, désorganisation puis démission.

Remettons les choses à leur place. Sans rien retirer au médecin coordonnateur — dont le rôle, on va le voir, est déjà largement assez vaste.

Deux liens à ne surtout pas confondre

Toute la clarté vient de là : entre le médecin et l'équipe soignante, il n'existe pas un lien, mais deux — de natures totalement différentes.

Sur l'acte de soin, un lien de prescription. Le médecin prescrit, l’ide exécute avec une part de rôle de propre certes. C'est une hiérarchie clinique, normale et nécessaire : elle protège. Personne ne la conteste.

Sur le management de l'équipe, un lien fonctionnel. Et c'est là que tout se joue. Le médecin coordonnateur n'est pas le supérieur hiérarchique des soignant·es. en ESMS (contat terrain). Il regarde des résultats, rappelle des normes, donne un avis — mais il ne recrute pas, ne bâtit pas les plannings, ne conduit pas les entretiens professionnels, n'évalue pas les IDE et les aides-soignant·es. Cherchez l'EHPAD où la notation annuelle des soignant·es e de l’IDEC est faite par le médecin coordonnateur : il n'existe pas. Donc pas de lien hierarchique. Merci.

Confondre ces deux liens, c'est toute la source du malentendu.

Ce que fait vraiment le médecin coordonnateur (et c'est déjà beaucoup)

Soyons clairs et justes : le médecin coordonnateur porte un rôle exigeant et indispensable. En seulement quelques jours de présence ou à distance. Il définit la politique générale d'accompagnement, élabore les protocoles et veille aux bonnes pratiques gériatriques. Il assure la veille réglementaire et sanitaire. Il forme les équipes. Il pilote la politique du circuit du médicament et entretient les relations avec la pharmacie et le laboratoire. Il fait le lien avec les médecins traitants, rencontre les familles sur les questions médicales, évalue les admissions.

Il regarde le résultat du travail des équipes, il rappelle le cap, il valide. C'est un·e garant·e médical·e. Ce périmètre, à lui seul, occupe pleinement — surtout quand on sait qu'un grand nombre de médecins coordonnateurs exercent à temps partiel, deux à trois jours par semaine, parfois à 100 % à distance (une réalité que le décret officialise désormais avec la télécoordination).

Ce que fait vraiment l'IDEC : elle ne « participe » pas, elle tient

Le décret dit que l'IDEC « participe à la coordination » et « concourt aux missions du médecin coordonnateur ». Sur le terrain, ce mot — participer — est presque une insulte.

L'IDEC ne participe pas : elle initie, elle construit, elle tient. C'est elle qui est là en continu, en journée glissante, qui encadre l'équipe de jour comme de nuit et le week-end. C'est elle qui résout un conflit, réorganise en urgence, accompagne un·e soignant·e en difficulté, améliore la qualité et la sécurité au plus près du terrain. Et c'est elle — pas le médecin coordonnateur — qui a le lien hiérarchique avec l'équipe : recrutement, encadrement, entretiens professionnels, évaluation. Même si un respect et écoute est donné au MEDCo.

Sur le circuit du médicament, l'exemple est parlant : le médecin coordonnateur en fixe la politique et suit les indicateurs ; mais la personne qui, au quotidien, fait tourner le circuit, corrige les écarts et embarque l'équipe, c'est l'IDEC.

Là où le décret a aggravé les choses

En positionnant l'IDEC comme une fonction qui « concourt » à celle du médecin, le décret entretient l'idée d'un médecin coordonnateur qui « manage » l'équipe. Dans les faits, c'est faux — et c'est dangereux.

Dangereux, parce que dans un établissement où le médecin est présent à mi-temps, ce flou nourrit les bras de fer : un médecin qui, se croyant investi d'une autorité managériale par le texte, vient contester des décisions d'organisation qu'il n'est pas là pour porter. À mon sens, faire croire qu'un médecin qui ne voit pas l'équipe fonctionner en continu la « manage », c'est opérer un déplacement de responsabilité vers quelqu'un qui n'en a ni le temps ni la formation. Et c'est prendre le risque de le pousser vers un autoritarisme défensif — « c'est ma responsabilité, c'est donc moi qui décide » — qui ne sert personne : ni les équipes, ni les résidents, ni le médecin lui-même.

Or il n'y a, entre les deux fonctions, qu'un lien fonctionnel de bonne intelligence à entretenir. Rien de plus. Le médecin coordonnateur a bien assez à faire sur son propre terrain — la politique de soins, les protocoles, la veille, les médecins traitants, les familles, les admissions. Il n'a pas besoin d'aller chercher un conflit sur celui de la coordination d'équipe. Il ne peut pas le tenir, faute de temps ; il n'y est pas formé, faute de cursus managérial. Et ce n'est pas un reproche : ce n'est simplement pas son métier.

Le bon modèle : deux terrains, un lien à nourrir

La complémentarité qui fonctionne est simple, une fois la confusion levée. Le médecin coordonnateur fixe le cap médical, rappelle les normes, valide les résultats. L'IDEC conçoit, organise, encadre et tient l'équipe soignante au quotidien. Chacun·e sur son terrain, reliés par un lien fonctionnel — pas par une hiérarchie de l'un sur l'autre.

Tenir cette position — affirmer sa légitimité managériale sans empiéter sur le médical, entretenir la relation avec le médecin coordonnateur sans se laisser déposséder ni entrer dans le bras de fer — n'a rien d'automatique. C'est une compétence de coordination à part entière.

En résumé

Le décret du 4 septembre 2025 a nommé les rôles ; il n'a pas réglé la tension entre eux — et là où le médecin exerce à temps partiel, il l'a parfois aggravée. La vérité de terrain est pourtant nette : sur le soin, un lien de prescription ; sur le management, un lien fonctionnel. Le médecin coordonnateur est le garant médical, avec un périmètre déjà considérable. L'IDEC, elle, ne participe pas à la coordination de l'équipe : elle la porte. Reconnaître cela, ce n'est pas diminuer le médecin — c'est cesser une confusion qui les oppose inutilement.

Cette question de légitimité vous freine encore ? 

FAQ

Le médecin coordonnateur manage-t-il l'équipe soignante ? Non. Il est le garant médical de l'établissement. Le management de l'équipe — recrutement, plannings, encadrement, entretiens professionnels, évaluation, pouvoir de sanction — relève de l'IDEC et de l'encadrement, pas du médecin coordonnateur. C’est mon engagement et ma vision.

Qui réalise les entretiens professionnels des IDE et des aides-soignant·es ? L'IDEC et/ou la direction, dans le cadre du lien hiérarchique avec l'équipe. Le médecin coordonnateur n'a pas cette responsabilité.

Le décret du 4 septembre 2025 a-t-il réglé la répartition des rôles ? Il a défini les missions et reconnu la fonction d'IDEC, mais il laisse subsister — voire ravive — une confusion entre coordination médicale et management d'équipe, source de tensions là où le médecin exerce à temps partiel.

Faut-il une expérience de management pour se former au poste d'IDEC ? Non. La formation est conçue pour construire ces compétences, pas pour les présupposer déjà acquises.

Sources : Légifrance — Décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 relatif aux missions et conditions d'exercice des infirmiers et médecins coordonnateurs en EHPAD ; ANFH ; Banque des territoires.

Article rédigé par Joan Przysuski, fondatrice de Booster de Carrière et ancienne infirmière coordinatrice — vingt ans en EHPAD.


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